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Soyez sages encore un instant :
J’ai une autre histoire à vous dire
Elle est longue mais drôle. Assis ! Vous allez rire.
Il était une fois, il y a très longtemps,
– Vous étiez tout petits – une jeune sorcière
Qui était très gentille et se mit en chemin
Pour rencontrer tous les gamins,
Les enfants de la terre entière.

La sorcière humanitaire ; Matthieu ASTRE, 15 mars 1998.

Elle partit sur son balai
À toute allure, un vrai scandale !
Dès le premier pays où elle fit escale
Elle vit des enfants, des enfants qui jouaient.
« Comment ça va les gosses ? On est heureux sur terre ? »
Que répondirent-ils ? Rien ! Et c’était forcé :
Ils ne parlaient pas le français,
Le mieux était donc de se taire.

Et elle reprit son balai
Comme une folle, un vrai scandale
Et au deuxième endroit où elle fit escale
Elle vit des enfants, des enfants qui dormaient.
« Comment ça va les gosses ? On est heureux sur terre ? »
Que répondirent-ils ? Rien, et c’est bien normal :
Tout endormi, on a du mal
À faire mieux que de se taire.

Elle repartit à balai
À cent à l’heure, un vrai scandale !
Dans le troisième lieu où elle fit escale
Elle vit des enfants, des enfants qui volaient.
« Comment ça va les gosses ? On est heureux sur terre ? »
Que répondirent-ils ? Rien ! Ils se sont planqués
Et sans se faire remarquer
Continuèrent de se taire.

Suivant sa route et son balai
Comme un bolide, un vrai scandale.
Elle atteignit bientôt sa quatrième escale.
Elle vit des enfants, regardant la télé.
« Comment ça va les gosses ? On est heureux sur terre ? »
Que répondirent-ils ? Rien ! les yeux sur l’écran
Ils ne bougèrent pas d’un cran
Et ne cessèrent de se taire.

Toujours sur son fringant balai
Et sans ceinture, un vrai scandale,
Elle fit sa cinquième ou sa sixième escale.
Elle vit des enfants, des enfants qui mangeaient.
« Comment ça va les gosses ? On est heureux sur terre ? »
Que répondirent-ils ? Rien. Ils étaient polis :
À table c’est bien plus joli
La bouche pleine, il faut se taire.

Et à cheval sur son balai
À toute pompe, un vrai scandale,
Elle arriva à sa sept ou huitième escale.
Elle vit des enfants qu’on faisait travailler.
« Comment ça va les gosses ? On est heureux sur terre ? »
Que répondirent-ils ? Rien. Le chef les surveillait
Toujours prêt à les renvoyer
S’ils parlaient au lieu de se taire.

La revoilà sur son balai
Quelle imprudente, un vrai scandale !
Si vite qu’on se perd à compter les escales ...
Elle vit des enfants, des enfants qui mouraient.
« Comment ça va les gosses ? On est heureux sur terre ? »
Que répondirent-ils ? Rien. Blessés, mutilés
Ils n’arrivaient plus à hurler
Ils ne pouvaient plus que se taire.

Renfourchant son manche à balai
À toute vitesse, un scandale
Elle fit sa quarante-quatorzième escale
Et trouva des enfants, des enfants qui braillaient.
« Comment ça va les gosses ? Eh ! vous allez vous taire ? »
Que répondirent-ils ? Qu’il voulaient leur maman !
Elle songea à ce moment
Aux siens, loin, sur la même terre.

Elle rebroussa donc chemin
Sur son balai à tire-d’aile,
Pour revoir ses enfants qui l’attendaient chez elle.
Ceux-ci, en la voyant, frappèrent dans leurs mains.
« Comment ça va Maman ? Tu redescends sur terre ?
Où es-tu donc allée ? Raconte nous un peu ! »
Heureuse, elle comprit qu’on peut
Chez soi faire œuvre humanitaire.

Commencé à Antibes le 4 septembre 1997, ... continué à Balogna et à Corti ...
fini le 2 novembre sur le Corsica Victoria, entre Bastia et Genova.

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