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Un pauvre vieux paysan corse
Écrit à son fils en prison :
« Je suis un peu à bout de force
Je ne pourrai cette saison

Sans ton aide bêcher la terre
Comme on le faisait tous les ans
Et planter les pommes de terre ;
Pour moi seul c’est trop épuisant. »

Le fils quand il reçoit la lettre
Répond aussitôt : « Cher papa,
Surtout garde-toi bien de mettre
Des patates. Ne creuse pas ;

J’ai caché là toutes les listes,
Tous les fichiers des clandestins,
Des mouvements nationalistes.
Ne retourne pas le jardin !

Avant même l’heure légale,
Gigantesque perquisition :
Débarque de la capitale
Un flot d’agents d’occupation

(DNAT, GIPN,
Quatorzième section, RG,
SRPJ…) creuse avec peine
Le fief de l’homme trop âgé.

Et ça pioche et retourne et fouille
Tout le carré à qui mieux-mieux
Jusqu’au soir où fourbu, bredouille,
Ça doit quelques excuses au vieux.

Ce dernier a mis ses patates.
Le terrain était ravagé,
Mais au diable les rives plate ;
Si c’est retourné, c’est bêché.

« Voilà, je ne pouvais mieux faire
Étant donné la situation,
Écrit alors le fils au père,
Que t’aider par procuration. »

Noté du 6 au 10 mai 2003, mise en vers d’une histoire
qui circule et dont j’aimerai bien connaître l’auteur.

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Michel ASTRE, Poèmes et chansons pour les cinq saisons.